Introduction [Amorce] L’imaginaire des lecteurs de romans abrite une galerie de personnages d’une diversité extrême, êtres fictifs qui pourtant s’imposent à nous et peuvent nous être plus familiers que des personnes réelles. [Annonce du plan] Cette existence romanesque n’appartient- elle qu’aux personnages exceptionnels, à ces héros qui ont été capables de « réussir » dans Punivers du roman qui les accueille, sachant que réussir et exister, lorsqu’il s’agit d’un personnage de roman, ne peut avoir la même signification que dans la vie réelle ?
Les personnages ordinaires, humbles ou en situation d’échec, seraient-ils, eux, dépourvus de cette capacité à « exister » ? l. Pour exister, le per L’existence d’un pers Force est de reconna « héroïques tout co protagonistes hors n na or7 reusslr » t-elle à sa réussite ? b in de personnages Sni* to View nextÇEge rame ont besoin de 1. De quelle réussite s’agit•il ? La réussite peut prendre diverses formes. On pense d’abord à la réussite sociale, qui se mesure par la reconnaissance du personnage par la société au, plus concrètement, par la fortune : c’est le cas d’Octave Mouret dans
Au Bonheur des dames, qui a su donner une nouvelle dimension au commerce et contemple son magasin à la fin d’une folle journée de vente avec la satisfaction d’un général vainqueur ou dun « despote C’est aussi celui de Georges Duroy, dans Bel-Ami de Maupassant, qui connaît une fulgurante carrière de journaliste, anoblit son nom en Du Roy, épo Swipe to page épouse une riche héritière et se sent comme un « roi qu’un peuple [vient] acclamer Mais, de façon plus large, la réussite peut prendre la forme d’un destin exceptionnel qui va jusqu’au bout de lui-même, par pposition aux existences ordinaires, condamnées aux compromis.
Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noi de Stendhal, fils d’un modeste charpentier dans un village de province, même s’il ne réussit pas vraiment puisqu’il meurt décapité, a connu, au fil du roman, une destinée à la hauteur de ses capacités exceptionnelles. En effet, le simple fait d’avoir satisfait à son ambition personnelle et d’avoir choisi lui-même son destin est pour lui une réussite. Avant lui, le Jean Valjean des Misérables de Hugo, forçat évadé devenu M. Madeleine, industriel et maire d’une ville de province ont le seul souci est de faire le bien, finit certes misérablement.
Mais, s’il ne « réussit » pas au sens étroit du terme, son destin exceptionnel et sa réconciliation avec lui-même peuvent s’apparenter à une « réussite Le mal aussi a ses héros, personnalités hors du commun qui réussissent dans la voie du vice : la terrible Mme de Merteuil, dans Les Liaisons dangereuses de Laclos, finit sa vie défigurée, ruinée financièrement et socialement, mais apres avoir longtemps imposé sa toute-puissance par ses intrigues libertines et son cynisme machiavélique.
Vautrin, chez Balzac, satisfait sa olonté de puissance, sa frénésie de conquête au mépris de toutes les valeurs morales et « réussit » dans ses stratagèmes diaboliques. 2. La réussite fait accéder le personnage à l’existence Pourquoi la réussite est-elle essentielle dans l’accession d PAG » rif 7 accéder le personnage à l’existence Pourquoi la réussite est-elle essentielle dans l’accession du personnage à l’existence ?
Le lecteur satisfait avec le roman son goût pour les destinées et les personnages hors norme ; à la base de cette attirance, se trouve le besoin d’éprouver de l’admiration. Le héros, comme le ersonnage des contes pour enfants, est capable de surmonter les épreuves, d’aller jusqu’au bout de sa quête, qu’il s’agisse du bien ou du mal.
Celui qui réussit se place au-dessus de l’humanité moyenne, il est nimbé d’une aura qui fascine, qu’il s’agisse d’un héros exemplaire comme Fabrice dans La Chartreuse de Parme de Stendhal ou de l’inquiétant Raskolnikov qui, dans Crime et Châtiment de Dostoïevski, se situe « au-delà du bien et du mal e personnage qui réussit donne au lecteur une image de ses potentialités il réalise ce que le lecteur voudrait être et s’imprime ans son esprit comme l’image d’une compensation à la vie qu’il n’aura pas.
Si Rastignac reste Hun des personnages les plus mémorables de Balzac, c’est parce que, jeune homme idéaliste, aux qualités de cœur et d’esprit prometteuses, il accepte de jouer sans scrupule le jeu qu’impose la société à ceux qui veulent réussir. Son triomphe a fait rêver des générations de jeunes ambitieux. Enfin, comme dans la tragédie, le personnage qui réussit est la concrétisation de ce que le lecteur craindrait d’être : à défaut de pouvoir assouvir ses passions, le lecteur prend plaisir à voir un
Vautrin arriver à ses fins les plus immorales et le personnage acquiert une telle existence que son nom est désormais devenu un nom commun. 3. La réussite comme PAGF3C,F7 3. La réussite comme moteur de Pintrigue Les personnages qui réussissent assurent aussi la progression du récit, et parfois son suspense : c’est autour d’eux que se construit l’intrigue, et, de leur fonction dramatique, ils reçoivent en retour l’existence parce qu’ils sont ceux par qui naît le roman et par qui le rythme est donné.
Julien Sorel donne, par ses différents succès, a progression et sa vie au Rouge et le Noir : sans lui, le roman manquerait de rythme, n’existerait presque pas, ce qui est bien la preuve de l’intensité de l’existence du personnage. Il. Les personnages qui ne réussissent pas existent aussi Est-ce à dire que seuls les personnages qui vont au bout de leurs désirs ou de leurs ambitions accèdent à l’existence ? 1 .
Les personnages de l’humanité moyenne existent aussi D’autres personnages que ceux qui « réussissent » peuvent donner au lecteur l’illusion qu’il a affaire à une personne réelle. Pour Zola, « le premier personnage qui passe est un héros uffisant » (Deux Définitions du roman). Ainsi, des personnages ordinaires, sans éclat particulier, qui appartiennent à l’humanité moyenne – comme on en trouve souvent dans les romans réalistes du xixe siècle s’imposent au lecteur qui s’en souvient, s’y attache ou les rejette, s’identifie à eux.
Le simple fait d’entrer dans une vie fait exister le personnage, même médiocre. Devant Gervaise, l’héroine de L’Assommoir de Zola, qui n’a de satisfaction ni en amour, ni sur le plan social, ni dans la vie en général, le lecteur ressent un plaisir différent de celui que lui procure
